Mieux digérer les graisses : protocole complet en cas d'insuffisance pancréatique légère

Mieux digérer les graisses : protocole complet en cas d'insuffisance pancréatique légère

Quand la sécrétion d'enzymes pancréatiques est diminuée, les graisses alimentaires sont mal hydrolysées : selles pâteuses, grasses et malodorantes, lourdeur après les repas riches, ballonnements et gaz. Ce protocole rassemble les leviers les mieux documentés : enzymes pancréatiques prises pendant le repas, adaptation des apports lipidiques avec des triglycérides à chaîne moyenne, surveillance et correction des vitamines liposolubles, et soutien symptomatique par des plantes digestives. Il ne remplace ni un diagnostic (élastase fécale, imagerie) ni le traitement prescrit par un médecin, mais il aide à comprendre et à optimiser la prise en charge.

Wilfried LAUNAY
Wilfried LAUNAY
Auteur
Niveau de preuve : Modéré · 🗓️ Mis à jour le 20 août 2026 · version 1.1
Catégories : Détox foie Digestion
⚕️ Information, pas prescription. Ce protocole ne remplace pas une consultation médicale. Demandez l'avis d'un professionnel de santé, surtout en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.
Sommaire
  1. Pourquoi ce protocole
  2. Sélection des compléments
  3. Enzymes pancréatiques (pancréatine / pancrélipase)
  4. Triglycérides à chaîne moyenne (TCM / MCT)
  5. Vitamine D3 (cholécalciférol), avec surveillance des vitamines A, E et K
  6. Extrait de feuille d'artichaut (Cynara scolymus)
  7. Alpha-galactosidase
  8. Huile essentielle de menthe poivrée en gélules gastro-résistantes
  9. Compléments écartés
  10. Pour qui ce n'est pas adapté
  11. Points d'attention
  12. Questions fréquentes
  13. Sources scientifiques
  14. Pour aller plus loin
  15. À propos de l'auteur

Digérer les graisses suppose une chaîne bien coordonnée : la bile émulsionne les lipides, la lipase pancréatique les découpe, puis l'intestin grêle absorbe les acides gras. Si la production d'enzymes pancréatiques diminue, même modérément, une partie des graisses traverse le tube digestif sans être absorbée.

Résultat : des selles plus volumineuses, pâteuses ou luisantes, une sensation de lourdeur qui s'éternise après un repas riche, et des gaz liés à la fermentation des résidus par le microbiote colique. Cette situation n'est pas anodine : à moyen terme, elle peut s'accompagner d'un apport insuffisant en vitamines A, D, E et K, qui ont besoin des graisses pour être absorbées.

Ce protocole propose une approche pratique et hiérarchisée, en distinguant ce qui repose sur des preuves robustes (les enzymes pancréatiques, la correction des carences) de ce qui relève d'un soutien symptomatique plus modeste (plantes digestives, enzymes accessoires). Il s'inscrit obligatoirement en complément d'un avis médical : des selles grasses persistantes, une perte de poids ou des douleurs abdominales imposent un bilan avant toute automédication.

Pourquoi ce protocole ?

Sur internet, les recherches autour de la « digestion des graisses » mélangent des situations très différentes : simple repas trop copieux, intolérance au lactose, syndrome de l'intestin irritable, calculs biliaires, ou véritable insuffisance pancréatique exocrine. Les conseils qui circulent confondent souvent les enzymes pancréatiques (dont l'efficacité est démontrée et qui relèvent d'une prescription à dose thérapeutique) avec des complexes enzymatiques grand public faiblement dosés.

Ce protocole clarifie qui fait quoi, à quelle dose, à quel moment du repas, et surtout ce qui doit conduire à consulter plutôt qu'à se supplémenter. Il insiste aussi sur un point négligé : le suivi des vitamines liposolubles, souvent oublié alors qu'il conditionne les conséquences à long terme.

Pourquoi ces compléments ont été sélectionnés ?

La sélection suit trois critères. Premièrement, le niveau de preuve : les enzymes pancréatiques sont le seul levier dont l'efficacité sur la stéatorrhée et l'absorption des graisses est établie par des essais randomisés et des méta-analyses, elles constituent donc le socle.

Deuxièmement, la logique physiologique : les triglycérides à chaîne moyenne contournent partiellement le besoin en lipase et en sels biliaires, et la vitamine D (avec la surveillance des vitamines A, E et K) répond à une conséquence directe et fréquente de la malabsorption des graisses. Troisièmement, la tolérance et le rapport bénéfice/risque pour les symptômes résiduels : l'extrait de feuille d'artichaut, l'alpha-galactosidase et l'huile essentielle de menthe poivrée en gélules gastro-résistantes disposent chacun d'essais contrôlés sur la dyspepsie, les gaz ou l'inconfort abdominal, avec un profil de sécurité correct. Les produits séduisants mais mal étayés dans ce contexte ont été volontairement écartés.

1

Enzymes pancréatiques (pancréatine / pancrélipase)

Preuve solide
Dose
En usage médical, 25 000 à 50 000 UI de lipase par repas principal et 10 000 à 25 000 UI par collation, avec adaptation individuelle par le médecin. Les compléments alimentaires à base de pancréatine sont bien moins dosés et ne remplacent pas un traitement prescrit.
Fréquence
À chaque repas et collation contenant des graisses.
Moment
Pendant le repas, réparti : une partie aux premières bouchées, le reste au milieu du repas. Une prise avant ou longtemps après le repas réduit nettement l'efficacité.
Durée
Traitement au long cours tant que l'insuffisance persiste, avec réévaluation médicale régulière (poids, symptômes, vitamines liposolubles).
Forme
Microsphères ou minimicrosphères gastro-résistantes, dosées en unités de lipase (UI Ph. Eur. ou USP). Les formes à libération retardée résistent à l'acidité gastrique et libèrent la lipase dans l'intestin grêle.

La lipase pancréatique est l'enzyme clé de l'hydrolyse des triglycérides alimentaires. Lorsque sa sécrétion chute, les graisses non digérées se retrouvent dans le côlon, provoquant selles grasses, gaz et lourdeur.

L'apport oral d'enzymes pancréatiques pendant le repas restaure une partie de cette hydrolyse : les essais randomisés et les méta-analyses montrent une amélioration du coefficient d'absorption des graisses, une réduction de la stéatorrhée et une amélioration des symptômes digestifs chez les patients atteints d'insuffisance pancréatique exocrine. Nuance importante : ces données concernent des doses thérapeutiques prescrites, dans des insuffisances diagnostiquées (élastase fécale abaissée).

Dans une gêne digestive banale sans insuffisance objectivée, le bénéfice attendu est faible. Si les symptômes persistent malgré une dose correcte, le médecin peut associer un inhibiteur de la pompe à protons pour limiter l'inactivation acide des enzymes.

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2

Triglycérides à chaîne moyenne (TCM / MCT)

Preuve modérée
Dose
Introduire progressivement : 5 g par jour la première semaine, puis 10 à 30 g par jour répartis sur les repas selon la tolérance digestive.
Fréquence
1 à 3 fois par jour, incorporés aux aliments.
Moment
Au cours des repas, jamais à jeun en grande quantité (risque de crampes et de diarrhée osmotique).
Durée
En usage prolongé si bien toléré, en gardant un apport suffisant en acides gras essentiels (oméga-3 et oméga-6 à chaîne longue) par ailleurs.
Forme
Huile TCM (C8-C10) ou poudre de TCM, à utiliser en substitution partielle des matières grasses habituelles.

Les triglycérides à chaîne moyenne sont hydrolysés plus rapidement et absorbés en grande partie directement vers la veine porte, avec une dépendance moindre à la lipase pancréatique et aux sels biliaires que les triglycérides à chaîne longue. En pratique clinique et nutritionnelle, ils sont utilisés depuis des décennies pour maintenir un apport énergétique lipidique quand l'absorption des graisses est altérée, notamment en cas de malabsorption.

Le niveau de preuve est modéré : la logique physiologique est solide et l'usage est ancien, mais les essais randomisés modernes ciblant spécifiquement le confort digestif dans l'insuffisance pancréatique légère restent limités. Les TCM ne remplacent pas les enzymes : ils complètent la stratégie en réduisant la charge de graisses difficiles à digérer. Attention, ils ne fournissent pas d'acides gras essentiels ni de vitamines liposolubles.

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3

Vitamine D3 (cholécalciférol), avec surveillance des vitamines A, E et K

Preuve solide
Dose
Usuellement 1000 à 2000 UI par jour chez l'adulteÀ ajuster selon le dosage sanguin de 25(OH)D. Les doses de correction en cas de carence relèvent d'une prescription.
Fréquence
Quotidienne (préférable aux fortes doses espacées en contexte de malabsorption).
Moment
Au cours du repas le plus riche en graisses, idéalement avec la prise d'enzymes.
Durée
Au long cours, avec contrôle biologique de la 25(OH)D après 3 à 6 mois puis annuellement.
Forme
Cholécalciférol en solution huileuse ou en gouttes, mieux absorbé lorsqu'il est pris avec un repas contenant des lipides. En cas de malabsorption marquée, des formes hydrosolubles ou micellaires peuvent être proposées par le médecin.

L'absorption des vitamines A, D, E et K dépend directement de la bonne digestion des graisses. Lorsque celle-ci est altérée, les déficits en vitamines liposolubles sont fréquents, et le déficit en vitamine D est le plus documenté dans l'insuffisance pancréatique exocrine et la pancréatite chronique, avec un retentissement osseux mesurable (prévalence élevée d'ostéopénie et d'ostéoporose).

Corriger un déficit avéré est un objectif prioritaire, avant même de chercher un simple confort digestif. Le niveau de preuve est solide pour la fréquence des déficits et pour l'efficacité de la supplémentation à corriger le statut biologique. La supplémentation doit être guidée par des dosages sanguins : la vitamine A et la vitamine K en particulier ne doivent pas être prises à l'aveugle.

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4

Extrait de feuille d'artichaut (Cynara scolymus)

Preuve modérée
Dose
320 à 640 mg d'extrait par priseSoit environ 960 à 1920 mg par jour selon les protocoles d'essais.
Fréquence
2 à 3 fois par jour.
Moment
Avant ou au début des repas principaux.
Durée
4 à 8 semaines, puis réévaluation de l'intérêt.
Forme
Extrait sec standardisé de feuille, en gélules ou comprimés.

L'extrait de feuille d'artichaut est traditionnellement utilisé pour l'inconfort digestif et les troubles dyspeptiques. Son mécanisme probable associe un effet cholérétique (stimulation du flux biliaire, utile à l'émulsification des graisses) et un effet spasmolytique modéré.

Deux essais cliniques, dont un essai contrôlé contre placebo de six semaines dans la dyspepsie fonctionnelle, rapportent une amélioration des symptômes globaux et de la qualité de vie digestive. Le niveau de preuve reste modéré : les études sont peu nombreuses, portent sur la dyspepsie fonctionnelle et non sur l'insuffisance pancréatique, et l'effet est symptomatique.

L'artichaut n'améliore pas l'hydrolyse des graisses et ne remplace donc jamais les enzymes, mais il peut contribuer à réduire la sensation de lourdeur après un repas riche.

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5

Alpha-galactosidase

Preuve modérée
Dose
Environ 300 à 1200 GalU par repas contenant des légumineuses, des crucifères ou des céréales complètes.
Fréquence
À chaque repas concerné, au maximum 3 fois par jour.
Moment
Aux premières bouchées du repas.
Durée
À la demande, selon les repas déclencheurs.
Forme
Enzyme d'origine fongique (Aspergillus niger), en comprimés, gélules ou gouttes, dosée en unités GalU.

Une partie des gaz et de la distension après un repas copieux ne vient pas des graisses mais des oligosaccharides (raffinose, stachyose) des légumineuses et des crucifères, non digestibles par l'intestin humain et fermentés par le microbiote colique. L'alpha-galactosidase hydrolyse ces sucres avant leur arrivée dans le côlon.

Des essais contrôlés, dont une étude mesurant la production de gaz par test respiratoire à l'hydrogène, ont montré une réduction de la production de gaz et des symptômes associés après un repas riche en glucides fermentescibles. Le niveau de preuve est modéré : les études sont de petite taille et l'effet est ciblé sur les gaz d'origine glucidique, pas sur la digestion des lipides. C'est un complément d'appoint utile pour distinguer et traiter la part « fermentation » de l'inconfort.

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6

Huile essentielle de menthe poivrée en gélules gastro-résistantes

Preuve modérée
Dose
180 à 200 mg par prise.
Fréquence
2 à 3 fois par jour.
Moment
30 à 60 minutes avant les repas, à distance des antiacides et des inhibiteurs de la pompe à protons pour préserver l'enrobage gastro-résistant.
Durée
2 à 4 semaines, à réévaluer selon la réponse.
Forme
Capsules gastro-résistantes ou à libération intestinale, dosées à 180 à 200 mg d'huile essentielle de Mentha x piperita.

Le menthol exerce un effet spasmolytique sur le muscle lisse intestinal via un blocage des canaux calciques, ce qui peut réduire les douleurs, la distension et l'inconfort liés aux gaz. Une méta-analyse d'essais randomisés dans le syndrome de l'intestin irritable montre une amélioration significative de la douleur abdominale et des symptômes globaux par rapport au placebo.

Le niveau de preuve est modéré à solide pour l'intestin irritable, mais indirect ici : la menthe poivrée n'agit ni sur la lipase ni sur l'absorption des graisses. Elle vise uniquement la composante spasmodique et douloureuse de la gêne postprandiale. La forme gastro-résistante est indispensable pour éviter les remontées acides et le pyrosis.

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Compléments populaires écartés (et pourquoi)

Sels biliaires bovins (extrait de bile de bœuf, acide taurocholique)

Souvent présentés comme le complément indispensable pour digérer le gras, en particulier après une ablation de la vésicule. Les données cliniques humaines de qualité manquent presque totalement dans l'insuffisance pancréatique légère, et un excès de sels biliaires peut au contraire provoquer une diarrhée cholérétique. Cette option ne se discute qu'avec un médecin, dans des situations précises de déficit biliaire documenté.

Bétaïne HCl (chlorhydrate de bétaïne)

Proposée pour « relancer l'acidité gastrique », elle cible un mécanisme qui n'est pas celui de la maldigestion des graisses. Pire, l'acidité gastrique inactive la lipase et dégrade l'enrobage des enzymes gastro-résistantes : la logique va à l'inverse du protocole. Elle est de plus déconseillée en cas de reflux, de gastrite ou d'ulcère.

Bromélaïne et papaïne

Ce sont des protéases végétales : elles agissent sur les protéines, pas sur les triglycérides. Elles peuvent avoir un intérêt sur une digestion lente des repas protéinés, mais elles n'apportent rien de démontré sur la stéatorrhée ni sur les selles grasses. Les inclure entretient la confusion entre « enzymes digestives » et « lipase ».

Charbon végétal activé

Utile ponctuellement sur les gaz, mais il adsorbe de façon non sélective les nutriments et surtout les médicaments, dont les enzymes pancréatiques et les vitamines liposolubles. Dans un contexte où l'absorption est déjà fragilisée, le rapport bénéfice/risque n'est pas favorable en usage régulier.

Complexes multi-enzymes « digestion » faiblement dosés

Beaucoup de formules grand public affichent une longue liste d'enzymes sans préciser les unités d'activité lipasique, ou avec des doses de lipase 20 à 100 fois inférieures aux doses efficaces documentées. Elles donnent une fausse impression de prise en charge et retardent parfois un diagnostic nécessaire.

Pour qui ce protocole n'est PAS adapté

  • Personne présentant des selles grasses persistantes, une perte de poids involontaire, des douleurs abdominales intenses ou du sang dans les selles : ces signes imposent un bilan médical avant toute supplémentation, pas un complément alimentaire.
  • Insuffisance pancréatique exocrine modérée à sévère avérée : elle relève d'un traitement enzymatique prescrit et dosé par un médecin, ce protocole ne peut ni le remplacer ni en ajuster la posologie.
  • Femme enceinte ou allaitante : les extraits de plantes (artichaut, huile essentielle de menthe poivrée) et les compléments enzymatiques n'ont pas été suffisamment évalués dans ce contexte.
  • Personne présentant une obstruction des voies biliaires, des calculs biliaires symptomatiques, une cholangite ou une hépatopathie évolutive : l'artichaut, cholérétique, est contre-indiqué.
  • Antécédent d'allergie au porc ou refus des produits d'origine porcine : la pancréatine en est majoritairement issue, une alternative doit être discutée avec un médecin.
  • Personne cherchant à « annuler » les effets d'un repas très gras ou à perdre du poids : ce protocole ne vise ni la satiété ni la réduction de l'absorption calorique, et aucun des compléments cités ne fait maigrir.
  • Enfant et adolescent : la prise en charge de la malabsorption des graisses avant 18 ans relève exclusivement d'un suivi pédiatrique spécialisé.
Points d'attention

Général

  • Ce contenu est informatif et ne constitue ni un diagnostic ni une prescription. Des selles grasses répétées justifient une consultation et, le cas échéant, un dosage de l'élastase fécale.
  • Les enzymes pancréatiques à dose thérapeutique sont des médicaments soumis à prescription en France. Ne modifiez jamais seul une posologie prescrite.
  • Ne jamais croquer ni écraser les microsphères gastro-résistantes, sauf indication contraire du pharmacien.
  • Les enzymes pancréatiques à très fortes doses ont été associées à des cas de colonopathie fibrosante, décrits surtout dans la mucoviscidose : respecter les doses maximales recommandées par le médecin.
  • Un excès d'enzymes peut provoquer irritation périanale, nausées ou constipation. Signalez tout effet indésirable.
  • Le charbon actif, les antiacides et certaines fibres visqueuses peuvent réduire l'absorption des vitamines et l'efficacité des enzymes : espacer les prises d'au moins 2 heures.
  • La supplémentation en vitamine A et en vitamine K ne doit pas être menée à l'aveugle. La vitamine K interfère avec les anticoagulants antivitamine K (warfarine, fluindione) et impose un avis médical.
  • L'huile essentielle de menthe poivrée est déconseillée en cas de reflux gastro-œsophagien marqué, de hernie hiatale et chez la personne épileptique. Elle ne doit pas être associée sans avis à des inhibiteurs de la pompe à protons pris au même moment.
  • L'artichaut est déconseillé en cas d'obstruction biliaire et chez les personnes allergiques aux Astéracées (marguerite, camomille, armoise).
  • L'introduction trop rapide des TCM provoque fréquemment crampes, nausées et diarrhée : augmenter par paliers.
  • Le sevrage complet de l'alcool et l'arrêt du tabac sont des mesures majeures dans les atteintes pancréatiques, bien au-delà de toute supplémentation.

Le timing est déterminant

  • Les enzymes doivent être prises pendant le repas, réparties, et jamais avalées avec une boisson chaude ou un aliment chaud qui les dénature.

Questions fréquentes

Comment savoir si mes symptômes viennent vraiment d'un manque d'enzymes pancréatiques ?

Seul un médecin peut le déterminer. Les signes évocateurs sont des selles pâteuses, volumineuses, luisantes, flottantes ou très malodorantes, une lourdeur marquée après les repas gras, des gaz abondants et parfois une perte de poids. L'examen de première intention est le dosage de l'élastase fécale sur un échantillon de selles, complété si besoin par une imagerie du pancréas. Beaucoup d'autres causes donnent des symptômes proches : intolérance au lactose, syndrome de l'intestin irritable, maladie coeliaque, pullulation bactérienne.

Les enzymes digestives vendues en pharmacie sans ordonnance suffisent-elles ?

Rarement, en cas d'insuffisance pancréatique réelle. Les doses efficaces documentées se comptent en dizaines de milliers d'unités de lipase par repas, alors que la plupart des compléments en libre accès en apportent nettement moins et n'indiquent pas toujours l'activité lipasique. Elles peuvent apporter un confort ponctuel après un repas exceptionnellement riche, mais elles ne doivent pas retarder un diagnostic ni remplacer un traitement prescrit.

Faut-il supprimer les graisses de son alimentation ?

Non, et c'est une erreur fréquente. Un régime très pauvre en graisses aggrave le déficit énergétique et l'apport en vitamines liposolubles. La recommandation actuelle est de maintenir un apport lipidique normal et de l'accompagner d'enzymes en quantité adaptée, en répartissant les repas et en privilégiant les repas plus petits et plus fréquents. Les TCM peuvent remplacer une partie des matières grasses habituelles si la tolérance reste médiocre.

En combien de temps peut-on espérer une amélioration ?

Avec des enzymes correctement dosées et prises pendant le repas, l'amélioration de l'aspect des selles et du confort postprandial est souvent perceptible en quelques jours à deux semaines. Les plantes digestives agissent plutôt sur 2 à 6 semaines. La correction d'un déficit en vitamine D demande en revanche plusieurs mois et se vérifie par une prise de sang.

Peut-on associer tous ces compléments en même temps ?

Oui dans la plupart des cas, mais mieux vaut procéder par étapes pour identifier ce qui aide réellement : d'abord les enzymes et la correction des vitamines liposolubles, puis un seul ajout symptomatique à la fois. Respectez les décalages horaires indiqués, notamment pour la menthe poivrée en gélules gastro-résistantes. Toute association avec un traitement en cours doit être validée par un médecin ou un pharmacien.

Après une ablation de la vésicule biliaire, ce protocole est-il adapté ?

Partiellement. Après cholecystectomie, la bile est sécrétée en continu et non plus par à-coups, ce qui peut gêner la digestion des repas très gras, mais le problème n'est pas enzymatique. L'adaptation du fractionnement des repas et une réintroduction progressive des graisses sont les premières mesures. Une gêne persistante ou une diarrhée chronique doit être évaluée médicalement, car elle peut relever d'une malabsorption des acides biliaires nécessitant un traitement spécifique.

Pourquoi mes selles flottent-elles ?

Des selles qui flottent, pâles, luisantes et particulièrement malodorantes évoquent une stéatorrhée, c'est-à-dire une quantité anormale de graisses non absorbées. Cela signifie que l'hydrolyse des triglycérides par la lipase pancréatique est insuffisante, ou que l'émulsion biliaire est altérée. Un épisode isolé après un repas très riche n'a rien d'inquiétant, mais un caractère répété justifie une consultation et un dosage de l'élastase fécale plutôt qu'une automedication.

Quand faut-il prendre les enzymes pancréatiques par rapport au repas ?

Pendant le repas et de façon fractionnée : une partie aux premières bouchées, le reste au milieu du repas. Une prise avant le repas ou après la fin réduit nettement l'efficacité, car les enzymes doivent se mélanger au bol alimentaire pour agir. Autre point souvent négligé : ne jamais les avaler avec une boisson ou un aliment chaud, qui les dénature, et ne pas croquer les microsphères gastro-résistantes.

L'huile MCT peut-elle remplacer les enzymes pour digerer les graisses ?

Non, elle les complète sans les remplacer. Les triglycérides à chaîne moyenne sont hydrolysés plus vite et absorbés en grande partie directement vers la veine porte, avec une dépendance moindre à la lipase pancréatique et aux sels biliaires : ils réduisent donc la charge de graisses difficiles à digerer. Deux limites importantes : ils n'apportent ni acides gras essentiels ni vitamines liposolubles, et leur introduction trop rapide provoque crampes et diarrhée osmotique.

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Sources scientifiques

  1. United European Gastroenterology evidence-based guidelines for the diagnosis and therapy of chronic pancreatitis (HaPanEU), Löhr JM, Dominguez-Munoz E, Rosendahl J, et al. (2017) · consulter
  2. Efficacy of pancreatic enzyme replacement therapy in chronic pancreatitis: systematic review and meta-analysis, de la Iglesia-García D, Huang W, Szatmary P, et al. (2017) · consulter
  3. High prevalence of osteoporosis in patients with chronic pancreatitis: a systematic review and meta-analysis, Duggan SN, Smyth ND, Murphy A, et al. (2014) · consulter
  4. The prevalence of malnutrition and fat-soluble vitamin deficiencies in chronic pancreatitis, Duggan SN, Smyth ND, O'Sullivan M, et al. (2014) · consulter
  5. The effect of oral alpha-galactosidase on intestinal gas production and gas-related symptoms, Di Stefano M, Miceli E, Gotti S, et al. (2007) · consulter
  6. Efficacy of artichoke leaf extract in the treatment of patients with functional dyspepsia, Holtmann G, Adam B, Haag S, et al. (2003) · consulter
  7. Does Beano prevent gas? A double-blind crossover study of oral alpha-galactosidase to treat dietary oligosaccharide intolerance, Ganiats TG, Norcross WA, Halverson AL, et al. (1994) · consulter
  8. Medium-chain triglycerides: an update, Bach AC, Babayan VK (1982) · consulter
  9. Medium chain triglycerides, Holt PR (1971) · consulter

Pour aller plus loin

À propos de l'auteur

Wilfried LAUNAY
Wilfried LAUNAY
Coach en nutrition et santé préventive
Hormonologie fonctionnelle · Nutrition anti-inflammatoire · 12 ans d'expérience
Wilfried LAUNAY est analyste scientifique indépendant, expert en nutrition et santé préventive, spécialisé en hormonologie fonctionnelle et en alimentation anti-inflammatoire.

Fort de plus de 12 ans d’expérience dans l’accompagnement et la vulgarisation scientifique, il aide les personnes souffrant d’inflammation chronique à adopter une approche naturelle, holistique et fondée sur les preuves scientifiques. Ses travaux portent particulièrement sur l’inflammation, le vieillissement et l’optimisation de la longévité.

Auteur du best-seller " Le Guide Complet de l'Alimentation Anti-Inflammatoire (Thierry Souccar Éditions) " et de " Ma Cuisine Express Anti-Inflammatoire (Thierry Souccar Éditions) ", il s’est formé en hormonologie fonctionnelle (DFM Formations) afin d’intégrer les principes de la nutrition fonctionnelle à la prise en charge des déséquilibres hormonaux, inflammatoires et métaboliques.

Il anime la chaîne YouTube " BMoove - La Chaîne Santé " (+ 383 000 abonnés et 35 millions de vues) et intervient régulièrement comme conférencier et expert invité dans des podcasts et événements dédiés à la santé nutritionnelle et la longévité.
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